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Mozambique : le gaz liquéfié séduit les majors malgré l’insécurité

Au large du Mozambique, les gigantesques réserves de gaz naturel de la péninsule de Rovuma continuent de susciter l’intérêt des grandes compagnies pétrolières et gazières. Dans cette zone située à la frontière maritime avec la Tanzanie, plusieurs projets d’exploitation et de liquéfaction ont été conçus pour faire du pays un fournisseur majeur de gaz naturel liquéfié (GNL) destiné aux marchés asiatiques et européens.

Cette ambition reste toutefois suspendue à une équation complexe. Les opérations sont concentrées dans la province septentrionale de Cabo Delgado, frappée depuis 2017 par une insurrection armée affiliée à l’État islamique. Les attaques ont contraint TotalEnergies à suspendre son projet Mozambique LNG en 2021, alors que des milliards de dollars avaient déjà été engagés dans les infrastructures.

Pour les majors, le potentiel géologique demeure trop important pour être abandonné. Pour Maputo, les revenus attendus pourraient transformer les finances publiques, soutenir l’industrialisation et créer des emplois. La reprise de ces projets dépend cependant de la sécurité, de la stabilité politique, du financement et de la capacité de l’État à mieux associer les communautés locales.

Des réserves gazières parmi les plus prometteuses

Les découvertes réalisées dans le bassin de Rovuma ont placé le Mozambique sur la carte mondiale du gaz. Les estimations généralement citées évoquent plus de 100 000 milliards de pieds cubes de ressources gazières en place, même si la part techniquement et commercialement récupérable dépendra des investissements, des infrastructures et de l’évolution des prix.

Ces réserves sont principalement situées dans les blocs offshore des bassins de Rovuma, à proximité de la côte de Cabo Delgado. Leur exploitation en mer devait limiter l’exposition directe des installations aux violences terrestres. Pourtant, les usines de liquéfaction, les bases logistiques, les routes et les zones d’habitation liées aux projets se trouvent à terre, dans une province où l’insurrection a profondément déstabilisé l’économie.

Le GNL représente une opportunité particulière pour le Mozambique. Le gaz extrait en mer peut être refroidi à environ -160 degrés Celsius, transformé en liquide, puis transporté par méthaniers vers les marchés internationaux. Cette chaîne permet d’exporter l’énergie sur de longues distances, sans dépendre d’un réseau régional de gazoducs encore peu développé.

Les grands projets qui structurent la filière

Le projet Mozambique LNG, piloté par TotalEnergies dans la péninsule d’Afungi, constitue le plus visible des investissements. Son coût initial était estimé à plus de 20 milliards de dollars, ce qui en faisait l’un des plus grands projets privés jamais lancés en Afrique. Il devait produire du GNL à partir des ressources du champ offshore Area 1, avec une capacité annuelle de plusieurs millions de tonnes.

La société française a déclaré la force majeure après l’attaque de Palma, en mars 2021, qui avait provoqué l’évacuation du site et la suspension des travaux. Depuis, la relance est régulièrement évoquée, mais elle doit être accompagnée de garanties sécuritaires et de conditions permettant aux employés, sous-traitants et investisseurs de revenir durablement dans la zone.

Dans l’Area 4, le consortium dirigé par Eni a pris une longueur d’avance grâce à Coral Sul FLNG. Cette unité flottante de liquéfaction, installée en mer, a commencé à produire et à exporter du GNL en 2022. Son fonctionnement démontre qu’une partie de la chaîne gazière peut être opérée avec une exposition réduite aux risques terrestres.

ExxonMobil, de son côté, reste associé au projet Rovuma LNG, également lié à l’Area 4. Le calendrier a été retardé par l’insécurité et les incertitudes commerciales, mais l’entreprise n’a pas renoncé aux ressources mozambicaines. Le développement progressif de la production offshore permet aux groupes internationaux de préserver leurs positions en attendant une amélioration du contexte.

L’insécurité freine la relance industrielle

L’insurrection de Cabo Delgado n’est pas un simple risque localisé. Elle affecte les chaînes d’approvisionnement, le recrutement de la main-d’œuvre, l’accès aux sites, la protection des installations et la confiance des bailleurs. Les attaques ont aussi entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes, aggravant les tensions sociales dans une région déjà marquée par la pauvreté et le manque de services publics.

Le gouvernement mozambicain a renforcé sa réponse avec l’appui de forces régionales et de partenaires internationaux. Le Rwanda a notamment déployé des troupes qui ont contribué à sécuriser certaines zones autour des projets gaziers. La Communauté de développement de l’Afrique australe a également participé à l’effort militaire, même si la présence de ses forces a évolué dans le temps.

La sécurisation d’un périmètre autour d’Afungi ne suffit pourtant pas à régler les causes profondes de la crise. Les populations dénoncent depuis longtemps le chômage, les expropriations, la faiblesse des indemnisations et le sentiment d’être exclues d’une richesse découverte sur leur territoire. Si ces frustrations persistent, la sécurité militaire risque de rester fragile.

Pour les compagnies pétrolières, le défi consiste donc à obtenir un environnement stable sans donner l’impression de privilégier les installations industrielles au détriment des habitants. La reprise complète des travaux exigera une coordination entre l’État, les entreprises, les forces de sécurité et les communautés locales.

Des bénéfices économiques considérables, mais incertains

Les exportations de GNL pourraient procurer au Mozambique des recettes fiscales, des droits d’exploitation et des revenus en devises importants. Le pays espère financer des routes, des ports, des écoles, des hôpitaux et des réseaux électriques. Le gaz pourrait aussi favoriser la création d’une industrie locale autour de la maintenance, de la logistique, de la transformation et de la production d’électricité.

Les retombées économiques ne seront toutefois pas automatiques. Les projets gaziers sont très capitalistiques et nécessitent peu de main-d’œuvre comparativement à leur valeur financière. Une grande partie des équipements spécialisés est importée, tandis que les entreprises locales manquent parfois de compétences, de capitaux et de certifications pour accéder aux contrats.

La question de la dette est également centrale. Les retards de production, l’augmentation des coûts de construction et l’incertitude sur les calendriers peuvent modifier la rentabilité des projets. L’État doit éviter de compter trop tôt sur des recettes qui ne seront perçues qu’après la mise en service des trains de liquéfaction et la signature de contrats d’exportation.

Le Mozambique est aussi exposé à la volatilité des cours du gaz et à l’évolution de la demande mondiale. La transition énergétique accélère les investissements dans les renouvelables, tandis que certains pays cherchent à réduire leur dépendance aux combustibles fossiles. Le GNL peut rester recherché comme énergie de transition, mais les projets doivent tenir compte d’un horizon commercial plus exigeant qu’au moment de leur lancement.

Projet Opérateur ou partenaire principal Situation générale Enjeu majeur
Mozambique LNG, Area 1 TotalEnergies et partenaires Travaux suspendus depuis 2021 Sécurité d’Afungi et reprise du financement
Coral Sul FLNG, Area 4 Eni et partenaires Production et exportations lancées Maintien de la production offshore
Coral North FLNG Eni et partenaires Développement prévu autour de l’Area 4 Validation du calendrier et des investissements
Rovuma LNG, Area 4 ExxonMobil et partenaires Projet retardé Conditions de sécurité et marché du GNL
Infrastructures locales État, entreprises et sous-traitants Déploiement progressif Retombées pour les PME et les communautés

Une compétition internationale autour du gaz africain

Le Mozambique attire les majors parce qu’il combine des réserves abondantes, une façade maritime stratégique et un accès potentiel aux marchés d’Asie. Le Japon, la Chine, la Corée du Sud et plusieurs acheteurs européens suivent attentivement l’évolution de la production. Les contrats à long terme peuvent sécuriser les revenus des projets, mais ils dépendent de la crédibilité des infrastructures et de la fiabilité des livraisons.

La guerre en Ukraine a renforcé l’intérêt européen pour les fournisseurs de GNL situés hors de Russie. Cette nouvelle demande a amélioré la visibilité commerciale du gaz mozambicain, sans effacer les obstacles opérationnels. L’Europe cherche en parallèle à accélérer les énergies renouvelables et à réduire ses émissions, ce qui limite la durée pendant laquelle les nouveaux projets pourront bénéficier d’une croissance soutenue.

Les entreprises internationales évaluent également la réputation et les risques juridiques liés à leurs opérations. Les déplacements de population, les accusations de violations des droits humains et les modalités de sécurisation des sites font l’objet d’une surveillance accrue. Un projet rentable doit désormais répondre à des exigences environnementales, sociales et de gouvernance plus strictes.

Cette évolution dépasse le seul secteur énergétique. Les enjeux du Mozambique peuvent être suivis à travers des analyses, des reportages et des formats audiovisuels consacrés aux transformations du continent, notamment sur Africa Sunu TV. La compréhension de ces projets suppose de croiser les données économiques avec les récits des habitants, des travailleurs et des acteurs régionaux.

Les conditions d’un développement plus inclusif

La première priorité reste la sécurité des civils. Une stratégie durable doit combiner la lutte contre les groupes armés avec la justice, l’accès aux services publics et la réintégration des populations déplacées. Les communautés doivent pouvoir participer aux décisions concernant les terres, les compensations et l’utilisation des revenus futurs.

La transparence budgétaire sera tout aussi déterminante. Les recettes liées aux hydrocarbures peuvent alimenter les infrastructures et l’éducation, mais elles peuvent aussi renforcer la corruption, les inégalités et la dépendance à une seule ressource. Le Mozambique devra publier clairement les contrats, les paiements des entreprises et la destination des revenus publics.

La protection de l’environnement constitue un autre point sensible. Les opérations offshore comportent des risques pour les écosystèmes marins, tandis que les travaux côtiers peuvent affecter la pêche et les mangroves. Des mécanismes indépendants de contrôle, des plans d’urgence crédibles et des compensations rapides sont nécessaires pour limiter les conflits.

Pour que le gaz crée une véritable valeur nationale, les autorités doivent développer les compétences locales. Les programmes de formation technique, les partenariats avec les universités et l’accès des PME aux marchés de sous-traitance peuvent transformer un projet d’exportation en levier industriel. L’électricité produite à partir du gaz pourrait aussi soutenir les entreprises mozambicaines, à condition de ne pas réserver toute la ressource aux marchés extérieurs.

Les priorités pour sécuriser la filière

Le Mozambique se trouve à un moment décisif. Les réserves de Rovuma peuvent financer une transformation économique profonde, mais elles peuvent aussi nourrir les frustrations si les bénéfices restent concentrés entre l’État, les multinationales et quelques élites. La reprise des grands projets ne sera crédible que si elle s’accompagne d’un pacte social plus solide dans le nord du pays.

Les majors pétrolières ne quittent pas le Mozambique parce qu’elles savent que le gaz y représente une ressource stratégique de long terme. Leur patience reste cependant conditionnée à la sécurité et à la rentabilité. Pour Maputo, l’enjeu est de convertir cet intérêt international en emplois, en infrastructures et en stabilité, plutôt qu’en simple flux d’exportations.

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