Les campus sud-africains fermés après des violences xénophobes
Plusieurs universités sud-africaines ont suspendu les cours en présentiel et fermé leurs campus après des épisodes de violence visant des étudiants étrangers ou associés à des communautés immigrées. Les établissements concernés invoquent la protection des étudiants, du personnel et des infrastructures, alors que les tensions se propagent dans un climat politique déjà marqué par les débats sur l’immigration, l’emploi et l’accès aux services publics.
Ces fermetures perturbent les examens, les logements universitaires, les recherches et les activités économiques qui dépendent de la vie des campus. Elles soulèvent aussi une question plus profonde : comment garantir la sécurité sans transformer les étudiants africains venus d’autres pays en boucs émissaires d’une crise sociale et économique qui dépasse largement l’université ?
Des mesures de sécurité prises dans l’urgence
La fermeture d’un campus constitue généralement une décision exceptionnelle. Elle peut intervenir après des affrontements entre groupes d’étudiants, des menaces ciblées, des barrages à l’entrée des établissements ou des actes de vandalisme. Dans plusieurs cas, les directions universitaires ont privilégié l’enseignement à distance afin de réduire les rassemblements et de permettre aux forces de sécurité d’évaluer la situation.
Cette réponse vise d’abord à éviter une escalade. Les résidences universitaires sont particulièrement sensibles, car elles concentrent des étudiants aux origines diverses dans des espaces parfois difficiles à sécuriser. Une rumeur publiée sur les réseaux sociaux peut rapidement provoquer des mouvements de foule, des accusations collectives ou des représailles contre des personnes qui ne sont pas liées aux incidents initiaux.
Les autorités universitaires doivent cependant trouver un équilibre délicat. Une fermeture prolongée peut protéger temporairement les étudiants, mais elle risque aussi de laisser les communautés étrangères isolées et de retarder les procédures disciplinaires. La sécurité ne peut donc pas reposer uniquement sur la suspension des cours : elle doit s’accompagner d’enquêtes, d’un dialogue avec les étudiants et d’une présence policière contrôlée.
Une tension liée à l’histoire migratoire du pays
L’Afrique du Sud accueille depuis longtemps des étudiants, des travailleurs et des entrepreneurs originaires du Zimbabwe, du Mozambique, du Lesotho, de la République démocratique du Congo, du Nigeria et d’autres pays du continent. Les universités ont contribué à cette circulation régionale en proposant des formations reconnues et en attirant des profils issus de nombreux milieux sociaux.
Cette diversité fait partie de la réalité sud-africaine, mais elle est parfois présentée comme une concurrence. Le chômage élevé, la précarité des jeunes diplômés, le coût du logement et la pression sur les services publics alimentent des discours accusant les étrangers de prendre des emplois ou des places dans les établissements. Ces affirmations sont souvent simplificatrices et ne rendent pas compte des causes structurelles de la crise.
La xénophobie ne se limite pas aux agressions physiques. Elle peut prendre la forme d’insultes, de contrôles arbitraires, de menaces, d’exclusion dans les résidences ou de campagnes numériques. Dans un campus, ces comportements compromettent la mission même de l’université, qui repose sur la circulation des savoirs, la confrontation des idées et la coopération entre étudiants de différents pays.
Les étudiants étrangers face à une double vulnérabilité
Les étudiants venus de l’étranger peuvent rencontrer des obstacles administratifs avant même qu’une crise de sécurité n’éclate. Les retards dans les visas, les difficultés liées aux permis de séjour, les frais différenciés et l’accès inégal aux soins créent un sentiment d’incertitude. Lorsque des violences apparaissent, certains hésitent à signaler les faits par peur d’attirer l’attention sur leur statut migratoire.
Les associations étudiantes jouent alors un rôle essentiel. Elles peuvent documenter les incidents, accompagner les victimes auprès des services compétents et servir d’intermédiaires avec les directions. Leur travail est toutefois difficile lorsque les représentants sont eux-mêmes menacés ou lorsque les débats internes opposent les organisations nationales, les syndicats étudiants et les groupes de défense des migrants.
Les universités doivent garantir que les étudiants étrangers bénéficient des mêmes mécanismes de protection que leurs camarades sud-africains. Cela suppose des canaux de plainte accessibles, une assistance juridique, des hébergements temporaires pour les personnes menacées et une communication multilingue. Les victimes ne doivent pas avoir à choisir entre leur sécurité et la poursuite de leurs études.
Des campus au cœur de la crise sociale
Les universités ne sont pas séparées des quartiers qui les entourent. Elles dépendent des transports, des commerces, des restaurants, des services de nettoyage et des logements privés. Quand une mobilisation xénophobe gagne une ville, les effets se font sentir autour des campus : commerces fermés, trajets interrompus, travailleurs absents et familles inquiètes.
Les étudiants sont également touchés par l’état général de l’économie. Beaucoup financent leurs études grâce à des emplois à temps partiel ou à l’aide de proches installés dans d’autres pays. Les transferts d’argent entre l’Afrique du Sud et le reste du continent font partie de cette réalité transnationale, comme le montre l’évolution des revenus des footballeurs africains, qui illustre plus largement la fragilité des flux financiers reliant les familles africaines.
Lorsque le campus ferme, les étudiants perdent parfois l’accès à une connexion internet, à une bibliothèque, à un repas subventionné ou à un logement sécurisé. Les conséquences sont donc plus lourdes pour ceux qui disposent de peu de ressources. La crise révèle ainsi les inégalités qui traversent l’enseignement supérieur, au-delà de la seule question des violences.
Le rôle des autorités et des directions universitaires
La police sud-africaine est appelée à intervenir lorsque des infractions sont commises, mais la réponse sécuritaire ne peut pas remplacer la prévention. Les autorités nationales et provinciales doivent établir clairement les responsabilités, publier des informations vérifiables et éviter les déclarations qui pourraient légitimer la stigmatisation d’une nationalité ou d’un groupe linguistique.
Les directions universitaires ont, de leur côté, la responsabilité de communiquer rapidement. Un message imprécis peut alimenter les rumeurs et laisser croire que certains étudiants sont abandonnés. Il est nécessaire de préciser les raisons d’une fermeture, sa durée provisoire, les services maintenus et les conditions de retour sur le campus.
Les procédures disciplinaires doivent être menées avec rigueur, qu’il s’agisse d’étudiants, de membres du personnel ou de personnes extérieures. Les sanctions doivent viser les actes établis, non une communauté entière. Des équipes de médiation, des psychologues et des représentants des différents groupes peuvent aider à reconstruire la confiance après les affrontements.
La fracture numérique complique l’enseignement à distance
Le passage aux cours en ligne est souvent présenté comme une solution immédiate. Il ne l’est pas pour tous. Certains étudiants partagent un téléphone avec leur famille, vivent dans des logements surpeuplés ou disposent d’un forfait mobile insuffisant pour suivre des visioconférences. La fermeture des campus peut donc transformer une crise de sécurité en crise académique.
Les enseignants doivent adapter les cours, enregistrer les contenus et prévoir des modalités d’évaluation équitables. Les bibliothèques numériques, les plateformes universitaires et les services d’assistance technique deviennent indispensables. Une politique sérieuse devrait aussi permettre aux étudiants sans connexion stable d’accéder à des points sécurisés, à des équipements prêtés ou à des supports imprimés.
La vie étudiante ne disparaît pas avec les cours à distance. Les discussions sur les réseaux sociaux peuvent calmer les tensions, mais elles peuvent aussi diffuser des vidéos sorties de leur contexte, des appels à la vengeance ou des listes de personnes à cibler. Les établissements doivent renforcer l’éducation aux médias et rappeler que le partage d’une rumeur peut aggraver directement les risques.
Une crise qui touche aussi la culture universitaire
Les campus sud-africains sont des espaces de débat, de création et de brassage culturel. Les étudiants étrangers y apportent des langues, des pratiques artistiques, des traditions culinaires et des perspectives qui enrichissent les associations, les médias universitaires et les événements publics. Une atmosphère de peur affaiblit cette vie collective et réduit les possibilités de rencontre.
Les loisirs numériques occupent également une place importante dans les habitudes étudiantes. Les discussions autour des plateformes de divertissement et des jeux en ligne à thème montrent comment des publics jeunes circulent entre technologie, culture populaire et nouveaux formats médiatiques. Ces pratiques ne doivent pas être confondues avec la réalité des violences, mais elles rappellent que les campus sont aussi des lieux de sociabilité numérique.
Les médias ont enfin une responsabilité dans la manière de raconter la crise. Employer systématiquement les termes « étrangers », « migrants » ou « étudiants locaux » sans contexte peut renforcer les divisions. Un traitement journalistique précis doit distinguer les faits confirmés, les témoignages, les accusations et les interprétations politiques, tout en donnant une place aux victimes et aux initiatives de solidarité.
Restaurer la confiance après la réouverture
La reprise des cours ne signifie pas automatiquement le retour à la normale. Les universités doivent établir un calendrier progressif, vérifier les conditions de sécurité dans les résidences et organiser des points d’accueil pour les étudiants traumatisés. Les personnes qui ont perdu leurs documents, leur logement ou leurs revenus doivent recevoir une assistance concrète.
Des forums de dialogue peuvent réunir les directions, les étudiants sud-africains, les associations d’étudiants étrangers, les syndicats, les responsables municipaux et les organisations de défense des droits humains. Ces rencontres doivent déboucher sur des engagements suivis : lutte contre les discours de haine, formation du personnel de sécurité, protection des lanceurs d’alerte et publication régulière de bilans.
La prévention doit aussi s’inscrire dans la durée. Des cours sur la citoyenneté régionale, l’histoire des migrations africaines et les droits fondamentaux peuvent compléter les dispositifs de sécurité. L’université ne réglera pas seule le chômage ni la crise du logement, mais elle peut refuser que ces problèmes soient convertis en hostilité contre des étudiants venus d’ailleurs.
La fermeture des campus a rendu visible une tension qui dépasse les grilles des établissements. Elle met en jeu la sécurité, l’accès à l’éducation, la mobilité africaine et la capacité des institutions à protéger une communauté diverse. La réponse la plus solide associe des enquêtes rapides, un soutien réel aux victimes, une communication transparente et des politiques sociales capables de réduire les frustrations exploitées par les discours xénophobes.
Pour les universités sud-africaines, la priorité immédiate est claire : rouvrir seulement lorsque les étudiants sont protégés, puis faire de chaque campus un espace où l’origine nationale ne détermine ni la sécurité, ni la dignité, ni le droit d’étudier.