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Au Cameroun, les coupures d’électricité persistent malgré les subventions

Au Cameroun, les délestages sont devenus une réalité quotidienne pour de nombreux ménages, entreprises et services publics. Dans plusieurs villes, l’alimentation électrique s’interrompt sans préavis, parfois pendant plusieurs heures, avant de revenir avec une tension instable. Cette situation fragilise l’activité économique et alimente le mécontentement des usagers.

La crise ne s’explique pas par une seule panne ou par un incident isolé. Elle révèle les limites d’un système confronté à une demande croissante, à des équipements vieillissants, à des contraintes financières et à des difficultés d’approvisionnement. Les investissements engagés n’ont pas encore produit une amélioration suffisamment visible sur le réseau de distribution.

L’État camerounais mobilise pourtant des subventions pour contenir le prix de l’électricité, soutenir l’opérateur et limiter l’impact de certaines charges, notamment celles liées au combustible et à la production thermique. Ces aides évitent une hausse brutale des tarifs, mais elles ne règlent pas automatiquement les problèmes de transport, de maintenance et de raccordement.

Pour suivre les enjeux liés aux infrastructures, à la gouvernance publique et à la vie économique du continent, Africa Sunu propose une couverture qui croise actualité, analyse et récits de terrain. Au Cameroun, la question énergétique dépasse désormais le simple confort domestique : elle touche la compétitivité du pays et la confiance envers les institutions.

Un opérateur au cœur d’un système sous tension

La distribution de l’électricité est principalement assurée par Eneo Cameroon, société issue de la privatisation de l’ancienne société nationale. Elle exploite une grande partie du réseau de distribution dans le cadre d’une concession, tandis que l’État conserve un rôle central dans la planification, la régulation et les choix stratégiques du secteur. La production et le transport font également intervenir d’autres acteurs publics ou privés.

Cette organisation crée une chaîne de responsabilités complexe. Une centrale peut produire suffisamment d’énergie, mais les consommateurs resteront privés de courant si une ligne de transport est indisponible ou si un transformateur de quartier est saturé. À l’inverse, l’opérateur de distribution peut être accusé de mauvaise gestion alors qu’il dépend d’une production insuffisante ou de décisions prises en amont.

La compagnie chargée de fournir l’électricité doit ainsi gérer des contraintes qui dépassent ses seules opérations commerciales. Les pertes techniques, les branchements frauduleux, les factures impayées et les retards de paiement d’administrations clientes pèsent sur sa trésorerie. Cette pression réduit sa capacité à entretenir rapidement les installations et à renouveler les équipements les plus sollicités.

Pourquoi les délestages se répètent

La première cause tient à l’écart entre l’offre disponible et la demande. La croissance démographique, l’urbanisation et le développement de nouvelles activités augmentent les besoins en courant. Les ménages utilisent davantage d’appareils électriques, tandis que les ateliers, commerces, stations de pompage et petites industries recherchent une alimentation régulière.

Les conditions hydrologiques jouent également un rôle important. Une grande partie de la production camerounaise repose sur les barrages hydroélectriques. Lorsque les niveaux d’eau diminuent ou que les apports deviennent irréguliers, la production baisse. Les centrales thermiques peuvent prendre le relais, mais leur fonctionnement coûte cher et dépend de la disponibilité du carburant.

Le réseau lui-même constitue un point faible. Certaines lignes datent de plusieurs décennies et des postes de transformation fonctionnent près de leur limite. Les incidents sont aggravés par l’absence d’entretien préventif, les difficultés d’accès à certaines zones et les délais nécessaires pour importer des pièces spécialisées. Une panne locale peut alors provoquer une coupure étendue, surtout dans les périodes de forte consommation.

Des subventions qui amortissent le choc sans supprimer la panne

Les subventions publiques ont une fonction sociale et politique claire. Elles permettent de maintenir des tarifs accessibles pour les ménages et de réduire le coût apparent de l’électricité pour une partie des consommateurs. Elles peuvent aussi compenser certains écarts entre le prix réel de production et le prix facturé, notamment lorsque les combustibles deviennent plus chers.

Cependant, une aide financière destinée à stabiliser les tarifs ne devient pas automatiquement un investissement dans le réseau. Si les ressources servent principalement à couvrir des charges immédiates, elles laissent moins de marge pour remplacer un transformateur, réhabiliter une ligne ou déployer des compteurs modernes. Le soutien budgétaire peut donc contenir la crise sans en traiter les causes structurelles.

Le problème tient aussi à la visibilité de ces dépenses. Les usagers perçoivent les coupures, mais rarement la destination précise des subventions ou les résultats attendus. Une meilleure publication des montants, des bénéficiaires, des objectifs et des délais permettrait de distinguer le financement de la consommation, l’aide à l’opérateur et l’investissement dans les infrastructures.

Le coût réel pour les ménages et les entreprises

Pour les foyers, les délestages entraînent des dépenses supplémentaires. Il faut acheter du carburant pour un groupe électrogène, recharger des lampes, protéger les appareils contre les variations de tension ou renoncer à certaines activités. Les ménages modestes sont les plus exposés, car ils disposent de moins de moyens pour acquérir des solutions de secours.

Les petites entreprises subissent des pertes encore plus directes. Un salon de coiffure, un atelier de soudure, un restaurant ou une unité de conservation alimentaire ne peut pas fonctionner normalement avec une alimentation imprévisible. Les groupes électrogènes permettent de maintenir une activité minimale, mais le carburant renchérit les coûts et réduit les marges. À terme, cette instabilité décourage l’investissement et l’embauche.

La qualité du service affecte aussi les services essentiels. Les centres de santé doivent sécuriser l’alimentation des équipements médicaux, les écoles interrompent certains travaux pratiques et les stations de pompage peuvent rencontrer des difficultés. Dans les zones rurales, l’absence de courant fiable ralentit l’accès à l’information, à la téléphonie et aux activités génératrices de revenus.

Des priorités pour rétablir un service fiable

Une réponse durable doit combiner production, transport et distribution. Construire une nouvelle centrale sans renforcer les lignes et les postes électriques risque de déplacer le problème. Les projets doivent être évalués selon leur capacité à fournir une énergie stable, à réduire les pertes et à desservir les zones où la demande progresse rapidement.

Les actions les plus urgentes peuvent être regroupées autour de plusieurs axes :

La transparence opérationnelle peut également réduire la tension entre l’opérateur et les consommateurs. Une plateforme indiquant les incidents, leur localisation, leur cause probable et le délai estimé de rétablissement offrirait une information utile. Les réclamations devraient recevoir un suivi identifiable, avec des règles de compensation lorsque les obligations de service ne sont pas respectées.

À moyen terme, la diversification du bouquet énergétique paraît indispensable. Le solaire, la biomasse, les petites centrales hydroélectriques et les systèmes hybrides peuvent alimenter certains sites isolés ou soulager le réseau principal. Ces solutions ne remplacent pas immédiatement les grands ouvrages, mais elles peuvent améliorer la résilience des zones rurales et des infrastructures prioritaires.

Les réformes attendues pourraient s’appuyer sur les mesures suivantes :

Le rôle des consommateurs et des collectivités

Les usagers ne sont pas responsables des insuffisances du réseau, mais certaines pratiques aggravent les déséquilibres. Les branchements clandestins augmentent les risques d’incendie et les pertes de courant. La fraude au compteur réduit les recettes nécessaires à l’entretien et reporte la charge sur les clients régulièrement facturés. La lutte contre ces pratiques doit toutefois rester équitable et s’accompagner d’un accès plus simple au raccordement légal.

Les collectivités locales peuvent contribuer à identifier les points noirs du réseau. Elles disposent d’une connaissance fine des quartiers mal desservis, des activités économiques dépendantes du courant et des équipements prioritaires. Des mécanismes de concertation régulière avec l’opérateur, le régulateur et les associations de consommateurs aideraient à mieux hiérarchiser les interventions.

La sobriété énergétique représente un levier complémentaire. Des équipements efficaces, l’éclairage public à basse consommation et une meilleure gestion des horaires de forte demande peuvent réduire la pression sur les installations. Cette approche ne doit pas servir de justification à un service défaillant, mais elle peut faciliter la transition pendant les périodes de tension.

Comparer les réponses possibles

La situation camerounaise appelle des solutions adaptées à chaque niveau du système. Les projets lourds produisent des effets importants, mais ils exigent du temps et des financements considérables. Les mesures de maintenance et de gestion, moins visibles, peuvent pourtant améliorer rapidement la continuité du service lorsqu’elles sont correctement ciblées.

Option Effet attendu Délai Limite principale
Réhabiliter les lignes et transformateurs Réduire les pannes locales et les pertes techniques Court à moyen terme Besoin d’un inventaire fiable du réseau
Développer de nouvelles capacités de production Augmenter l’offre disponible Moyen à long terme Coût élevé et délais de construction
Installer des compteurs modernes Améliorer le recouvrement et la mesure de la consommation Court à moyen terme Investissement initial important
Soutenir le solaire décentralisé Sécuriser certains sites isolés ou prioritaires Court à moyen terme Production variable et besoin de stockage
Maintenir les subventions tarifaires Protéger les ménages contre une hausse brutale Immédiat Ne règle pas directement les coupures

Le débat ne devrait donc pas opposer mécaniquement subventions et réformes. Une aide sociale bien ciblée peut protéger les consommateurs vulnérables, tandis qu’un financement séparé doit garantir la modernisation du réseau. Sans cette distinction, les ressources publiques risquent de financer l’urgence année après année, sans créer les conditions d’une amélioration durable.

Pour les pouvoirs publics comme pour l’opérateur, l’indicateur le plus parlant reste la continuité effective du service : durée moyenne des coupures, fréquence des incidents, rapidité des réparations et qualité de la tension fournie. Suivre ces données par région et les rendre accessibles permettrait d’évaluer les progrès au-delà des annonces et des montants engagés.

La priorité pratique consiste à affecter chaque franc de soutien à un objectif vérifiable : protéger les ménages fragiles, réparer les équipements critiques ou augmenter la capacité disponible. Tant que les subventions ne seront pas accompagnées d’un programme public de maintenance, de transparence et de modernisation, les coupures resteront le symptôme visible d’un système électrique qui finance l’urgence sans encore garantir la fiabilité.